BOUES ROUGES : L’ENQUETE PUBLIQUE CE QUE DIT L’IFREMER.

ENQUETE PUBLIQUE ALTEO: REMARQUES  EXPERTISE IFREMER.

Par courrier du 10/10/2014 Mme Ségolène Royal saisissait l’IFREMER pour une expertise qui a été transmise le 26/01/2015, elle concerne :

« Une contamination significative historique en milieu marin, en particulier par des métaux toxiques tels que le mercure et l’arsenic, dont une partie peut être liée au rejet de « boues rouges » en mer par la société Altéo. »

Une réunion a eu lieu le 10/12/2014 à Marseille à la demande de l’ l’ANSES en présence de la DREAL-PACA, de l’Ars, et de l’exploitant.

A cette expertise participait M. Bruno Andral signataire du courrier du 11/04/2011,  destinataire  l’Agence de l’eau Méditerranée et Corse.

Extraits de l’expertise.

Le mercure :

  • Un élément chimique reconnu comme un élément toxique par les Nations Unies.
  • Risques de transports à longue distance, grande persistance dans l’environnement.
  • Capacité à ce bio accumulé dans les écosystèmes.
  • Un des éléments les plus dangereux pour la santé humaine.
  • Atteinte du  fœtus, enfants en bas âge.
  • Il est un hépato-nephro, neuro immunotoxique.
  • Le bassin méditerranéen est considéré comme  sensible.
  • Les source anthropiques sont constitués par les activités humaines, production de métaux non ferreux et ferreux, la fabrication de la soude.

La volatilité explique qu’il puisse être transportés en grande quantités par l’atmosphère, sa toxicité liée aux composés méthyles (mono et diméthyl) qui se forment naturellement.

Le mercure élémentaire (Hg (0) ; le mercure11 (Hg 2+) et les formes organiques du mercure sont celles qui sont préoccupantes pour le milieu marin et la salubrité des produits de la mer, et pertinentes pour cette étude.

La norme de qualité environnemental et DCE soit 20µg/kg de poids humide.

Dans la plus part des cas plus de 90 % du mercure reste associés aux particules.

Ce rejet industriel représente le second apport de mercure particulaires AU Golf du Lion, le Rhône en représente plus de 80 %.

En l’état des connaissances les zones portuaires, Marseille, Nice, la rade de Toulon sa contamination est la plus élevée du littoral.

Le Canyon de Cassidaigne qui reçoit les effluents industriels solides depuis 1966 présente des concentrations de mercure total (HgT) dans les dépôts ferrigineux « boues rouges » qui varient de 0,06 à 0,24 mg/kg soit 2 à 8 fois la valeur de référence géologique.

A noter ue les données ROCCH ne dispose pas de point de suivi à proximité du rejet dans le canyon de Cassidaigne.

Sur 96 points les données RINBIO, deux sont situés en Cassidaigne, le niveau moyen est identique à la façade maritime.

Caging de moules en eaux profondes, en 2004, a permis d’obtenir des informations de la colonne en chrome, nickel, mercure, seul le chrome explose multiplié par 100.

Le niveau de contamination dans la chair de poisson.

  • Les poissons vivants (merlu) le long du littoral étaient moins riches en mercure que ceux vivants au large
  • Les requins, thon, raies et dauphins présentent des concentrations de mercure élevés variant de 70 à 95 %

Conclusion.

  • Les eaux semblent contaminées par le mercure.
  • L’anthropisation aurait fait augmenter  les concentrations des eaux de surface par rapport à l’époque industrielle d’un facteur 1,65 et pour les océans 1,25.
  • Les sédiments sont systématiquement contaminés par le mercure avec des enrichissements de 4 par rapport à la référence préindustrielle mais qui peuvent aller jusqu’à un facteur 100 dans certaines zones portuaires.
  • Les concentrations en mercure dans le muscle du merlu sont, à âge égal, 1,6 fois plus élevées que celle du golfe du Lion.
  • Les mesures environnementales du mercure ne sont maitrisé que depuis  30 ans, impossible de mesurer les périodes historiques et actuelles. Seules les carottes sédimentaire peuvent permettre d’accéder au niveau de contamination historique. Interprétation complexe.

Le rejet dans le milieu marin participe à l’apport de mercure, vraisemblablement inorganique. Il n’apparait pas à ce stade comme directement impliqué.

Les effluents participent indirectement à la contamination de la chaine trophique en proportion de leurs apports de mercure inorganique dans la zone de rejet, puisque ce mercure est le précurseur du mercure organique.

Reste à souligner que très peu de données de mesure de contaminants sur la zone de rejet d’Altéo sont disponibles. Nous recommandons l’acquisition de connaissances ou données complémentaires.

L’arsenic.

  • Toxicité moindre que le mercure dans le milieu marin, ne présente pas de danger pour la santé humaine. L’arsénobétaîne qui constitue 99 % de l’arsenic présent chez le poisson n’est pas toxique.
  • Sa toxicité dépend de sa forme chimique.
  • Absence d’une surveillance règlementaire, ROCCH.
  • L’introduction de l’arsenic dans le métabolisme des micro algues se traduit alors par des effets toxiques à des concentrations relativement faibles.
  • Les effets indirects liés aux modifications spécifiques ne peuvent être négligés.
  • La toxicité de l’arsenic, liée à sa forme chimique, entraine des effets sur la production primaire.
  • Une valeur Guide Environnement de l’Inéris devrait paraître (2015)

L’IFREMER ne dispose que de très peu de données sur l’arsenic dans le milieu marin et n’a pas de programme de recherche

Recommandations.

Le rejet d’effluents en milieu marin participe à l’apport au milieu de contaminants de la chaine trophique concernant le mercure.

Afin de disposer d’éléments plus précis sur ce qui est rejeté et sur ce qui sera rejeté, les suggestions IFREMER portent :

  • Réalisation d’un suivi sur le mercure permettant de préciser les niveaux de contamination et de suivre l’évolution dans le temps.
  • Réalisation d’un suivi plus large que les seuls mercures et arsenic. D’autres métaux, composés de résidus de bauxite (chrome, titane sont susceptibles de poser problème.
  • Mise en place d’un programme de suivi (surveillance chimique et biologique de la zone concernée par l’impact du rejet.
  • Interrogations à se poser sur le devenir des dépôts existants et de leur environnement marin existant, conditions de remobilisation des contaminants piégés (hydrodynamique, diagénèse précoce) recolonisation des substrats durs et meubles par les organismes biologiques.
  • Action qui devrait permettre de faire la part, sur la situation à venir, de la nouvelle forme de rejet par rapport à la situation existante.
  • Mise en place d’un contrôle continu du rejet (sonde pour l’acquisition de différents paramètres.

LES AUTRES RAPPORTS IFREMER DISPONIBLES.

A/Etudes d’impact sur les rejets d’Aluminium Pechiney, Auteur Pagano-Trieff-Guiniou-Romana date Aout 1992. Référence DCM/CCM 92/03

Effets biologiques induits par les boues rouges et les sédiments marins contenant les résidus du traitement de la bauxite. Toxicité sur la fécondation et le développement de trois espèces d’oursins de mer.

Les conclusions :

         « La présente série d’expérience a mis en évidence l’action toxique des boues de bauxite déposées et accumulées sur le fond marin (échantillon MT 61), ou gardées dans le laboratoire (A391, B692 et C792). Cette toxicité se manifeste aussi bien sur le développement larvaire que sur la fécondation, avec une bonne relation dose-réponse et ce à partir de la concentration de 0,1 gl (10-3). Le manque d’effet presque général des échantillons prélevés sur le bord du canyon (MT27 et MT26) peut indiquer le confinement du phénomène aux fonds soumis aux effets direct du rejet sous-marin.

 

B/CREOCEAN 1993.

(Extraits réponse du 25/01/1996 de M. Yves lancelot opposant aux rejets, directeur de recherches au CNRS au rapport CREOCEAN/IFREMER étude de 1991/1992.). Ce qui a été observé il y a 20 ans, la situation a empiré depuis probablement.

Evaluer l’impact sur l’environnement, une définition objective des risques que font courir les rejets quant à leurs nocivités est fonction d’un état des connaissances qui varie de façon continuelle et aucune limite ou seuil n’a de valeur absolue.

Les particules en suspension spermo embryotoxique ont une influence sur la fécondité des oursins (Ifremer) comme dans l’atmosphère et l’air que nous respirons autour de l’usine et de la décharge.

Les particules fines et ultra fines les plus dangereuses elles ne sont pas mesurées. Même à faible dose et suivant une exposition chronique elles sont les plus dangereuses pour la santé humaine. Aucune étude comparative.

Il est démontré que le lit du canyon est totalement dépourvue de vie benthique ce qui entraine le suppression de toute vie au fond.

Les remises en suspension sont facilitées par les propriétés hydrophiles des boues rouges et la formation fréquente de nuages turbides (mis en évidence par les observations acoustiques). Elles sont facilement remises en suspension par glissement, redépôt, courants de turbidité en se répartissant sur de grands distances..

Les tests ont révélés la toxicité sur la reproduction des oursins et huitres même à faible dose. Les suspensions de particules affichent une spermotoxicité plus forte, à la concentration de 0,1 % que les effluents bruts dont elles sont issues.

Ces dépôts ont une influence indéniable et négative sur la quantité et la nature des ressources halieutiques au niveau du canyon.

En 1993, le rapport CREOCEAN était incapable d’évaluer de comment se manifestent les effets nocifs des éléments toxiques des boues rouges.

Les rapports scientifiques joints à l’enquête publique n’apportent pas la démonstration indiscutable de résidus inerte et non toxique, ils  sont incomplets pour toute une série de raisons contenues dans les rapports ou une simple lecteur met en garde contre une toxicité réelle et non supposée pour certains contaminants.

C/Etudes de l’impact des boues de l’usine « Aluminium Pechiney » Résultats des tests d’oursins. Auteurs Pagano-Esposito-Romana. Septembre 1999. Référence DEL/CCM 91-06.

L’étude de 9 pages et annexes 12 pages a été classé confidentiel.

Le résumé de la page de garde d’un document scientifique:

         « Ce document fait le point sur les résultats d’expériences des spermio et embryo-toxicité induites sur les gamettes d’oursins par des différentes dilutions d’effluents de Pechiney. Ces résultats montrent que cet effluent n’est pas neutre. L’ensemble d’expériences qui ont été conduites aussi bien sur l’effluent total, le surnageant, la fraction lourde et la fraction légère, montrent que c’est cette dernière qui est à l’origine des malformations. »

D/Annexe 2 au courrier du 11/04/2011 adressé à l’Agence de l’Eau Méditerranée et Corse, (Référence LER/PAC/11-23)

Il est confirmé l’étude d’impact de 1991 par contre celle de 1999 n’est pas contractualisé avec Pechiney, elle est beaucoup plus tranchée.

L’IFREMER, a réalisé en 1995 une campagne scientifique sur fonds propres avec un submersible intitulée CYATOX, avec un objectif suivre l’écotoxicité des sédiments dans un certain nombre de canyon en Méditerranée.

Cassigaigne a été investigué, prélèvements de sédiments sur lesquels ont été réalisés des analyses de métaux lourds et des bioessais de toxicité sur les larves d’huitres et des larves de moules.

  • Les résultats ont montré une toxicité importante au niveau du rejet (420 m.) associée à des concentrations élevées en métaux lourds pouvant atteindre entre 100 % d’inhibition de la croissance larvaire et qui disparaissait en s’en éloignant.

En 2000, le LER/PAC, également sur fonds propres, a eu la possibilité de mettre en œuvre la méthodologie RINBIO. Des échantillons de moules ont été disposés, elles ont survécus à des profondeurs entre 400 et 1550 m.

Les résultats montraient des niveaux de chrome très élevé dans les moules bien supérieur à ce que nous retrouvons habituellement.

En 2010, campagne d’essais du ROV 6000, récupération d’images vidéo et photos dans l’axe du canyon entre 700 et 1850 m.( respectivement 2 à 16 km du rejet), échantillons de sédiments pour analyses, chimiques, écotoxicité sur larves d’huitre (réseau REMTOX) une étude meïfaune.

Les résultats :

  • Un recouvrement total des fonds par les boues rouges de l’usine.
  • Une absence de macrofaune sur l’ensemble de la zone investiguée.
  • Des niveaux de contamination chimique très élevé dans les sédiments, notamment pour le chrome et le titane avec un gradient décroissant avec la profondeur.
  • Un absence de toxicité certainement due à la non biodisponibilité des contaminants analysés dans les sédiments prélevés.
  • Une absence de matières organique dans les sédiments prélevés.
  • Des populations foraminifères atypiques, avec une faible diversité et la présence d’espèces opportunistes, notamment sur le prélèvement à 700 m.

Ces résultats, bien que partiels, obtenus sur un nombre réduit de prélèvements témoignent à notre avis d’un impact significatif de l’épandage de ces boues rouges sur le milieu marin.

Dans le courrier Ifremer offre ses services pour des travaux d’investigations complémentaires, il est recommandé :

  • Confirmer les niveaux en métaux lourds et la toxicité du rejet avec des mesures à proximité de ce dernier.
  • Approfondir l’étendue spatiale du phénomène, notamment au Sud-Ouest qui semble ne jamais avoir été investigué.
  • Etudier s’il n’y a pas de remontées de boues rouges jusqu’aux accores, en relation avec l’hydrodynamisme du système.

Compte tenu de la particularité du contexte d’obtention de ces résultats et du nombre réduits d’échantillons, nous vous serions reconnaissants de ne pas les diffuser.

Suit la signature de M. Bruno Andral le même scientifique qui a participé à l’expertise ci-dessus.

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :