BOUES ROUGES : COMMISSION EUROPEENNE SOUMISE – AUCUNE JUSTIFICATION FACTUELLE.

6 Mai
UNION CALANQUES LITTORAL   – Association loi 1901-   Regrouper toutes les volontés pour maintenir l’intégralité et assurer la sauvegarde du site des Calanques et du littoral méditerranéen par une gestion respectueuse des territoires, du patrimoine et des écosystèmes.

Marseille le 5 mai 2021

Références : CHAP (2017) 358.

                                                                                              Commission Européenne

                                                                                               Direction Générale de l’Environnement

                                                                                               Mise en œuvre et soutien des Etats membres

                                                                                               Madame Sabine Bourdy, Cheffe d’Unité

                                                                                              1049 Bruxelles BELGIQUE

                                                                                              ENV-E01@ec.europa.eu

Madame,

Nous avons bien reçu votre message concernant la décision tardive de la Commission Européenne suite à notre plainte contre l’Etat français et nous vous en remercions.

Nous sommes particulièrement déçus par cette décision qui ne reflète ni la réalité, ni la gravité de la responsabilité de l’Etat français sur les rejets massifs en mer et à terre et l’empoisonnement de la flore et de la faune marines.

Notre association et la quarantaine d’associations qui nous soutiennent attendaient un geste fort de la CE et une aide immédiate dans le combat que nous avons mené contre cet industriel totalement dépourvu de scrupules. Tous les éléments à charge étaient réunis :

. A l’origine, l’Etat français a donné son accord pour le déversement des boues rouges dans les eaux qui baignent les Calanques, bilan : 20 millions de tonnes de boues rouges qui s’étalent sur une longueur supérieure à 80 km de Toulon au golfe de Fos, recouvrant les peuplements du fond d’un mortel linceul !

. Aux boues rouges ont succédé les effluents pollués sortant des filtres presses, rejetés par la même canalisation, un flot considérable de 270 m3/heure, vecteur d’un cocktail impressionnant de produits hautement toxiques. Ceci dans le site prestigieux des calanques, devenue Parc National en 2012.

. Le préfet (donc le gouvernement français) a donné son accord pour un tel rejet industriel, dans un tel site emblématique de nos richesses naturelles patrimoniales.

. Le préfet a signé, le 28 décembre 2015 un arrêté (n° 2015-1229) prolongeant de 15 ans la concession du Domaine Public Maritime, pour le sea-line du rejet en mer, lequel fuit et menace ruine.

. A la demande d’UCL, le Tribunal Administratif de Marseille, dans son jugement du 14 juin 2018, a avancé la date limite d’émission de l’usine de Gardanne pour six valeurs dérogatoires, fixée au 31 décembre 2019. L’industriel a fait appel à cette décision, demandant un sursis à exécution et a été débouté par la Cour Administrative d’Appel de Marseille. Bafouant cette double décision de justice, le préfet a alors donné une autorisation de rejet à l’industriel (n° 369-2019 APC). Cette décision préfectorale aurait dû être suffisante pour condamner l’Etat français.

. Il s’y ajoute les infractions aux conventions internationales de Barcelone et d’Athènes signées par la France et à d’autres directives européennes que vous connaissez certainement bien.

. Comment ne pas prendre en compte aussi des décisions préfectorales contradictoires en matière de toxicité de déchets industriels ? En octobre 2018, des dizaines de camions ont transporté, jusqu’à Bayonne, 2000 tonnes de déchets industriels prélevés à Mange-Garri. Ces matériaux ont été entreposés sur le port, pour leur utilisation par l’aciérie de Celsa. Il s’agit des résidus de traitement de la bauxite appelés pompeusement « bauxaline » et que l’industriel essaye de valoriser sans grand résultat. Comment se fait-il que, le 25 octobre 2018, le préfet des Landes et celui des Pyrénées atlantiques aient non seulement refusé l’utilisation de ces déchets industriels sur leur territoire de responsabilité, en raison de leur radioactivité et de leur charge en polluants et ordonné leur retour à Gardanne et que le préfet des Bouches-du-Rhône continue à le tolérer ?

On pourrait continuer cette longue liste argumentaire, sans espoir, puisque, la décision délicate de l’UE, sans cesse retardée (2017-2021 !) pour des raisons obscures, vient d’être prise !

Nous avons publié en 2019, chez un éditeur parisien, un ouvrage racontant la triste histoire des boues rouges (Augier H., Dubout R., Guillaume Christian, Mazzoleni M., Nougier E., Plauchud J., Le livre noir des boues rouges. Libre et Solidaire éditeur Paris, 2019, 160 pages). Nous avons l’intention de publier une suite à cet ouvrage dans lequel le repreneur UMSI Guinée et ses associés l’aluminier chinois Shandong Weiquiao et l’armateur singapourien Winning Shiping, ainsi que la Commission Européenne, ne seront pas oubliés. Nous ne nous priverons pas alors de dénoncer l’Etat français qui a bradé à un groupe étranger, l’usine d’alumine de Gardanne et son savoir-faire, alors qu’elle aurait pu continuer à être un des fleurons industriels de notre pays en en faisant un pôle d’alumines nobles sur la base des connaissances acquises.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de ma considération distinguée.

Professeur Henry Augier, Docteur d’Etat

Président d’UCL

Ex Directeur du laboratoire de biologie marine fondamentale et appliquée

Ex Responsable des enseignements de molysmologie (Science des pollutions)

À la faculté des sciences de Marseille-Luminy

Professeur honoraire à l’Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat

Plongeur professionnel breveté d’hyperbarie

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