BOUES ROUGES : NOTRE VÉRITÉ PAR UCL. ALTEO DES COUPS DE PUB.

26 Avr

Le point sur la situation

Le projet.
Jeudi matin 15 mars 2018, le président d’Alteo et le directeur de l’usine d’alumine de Gardanne ont présenté, à la presse, leur projet de construction d’une unité de traitement des effluents liquides pollués sortant des filtres presses de l’usine, par injection de dioxyde de carbone (CO2). Ce projet présenté comme une « première mondiale » a été un coup de pub réussi pour les non-initiés.

Qu’elle est la situation réelle ? Une mise au point.

Un effort réel.

En préambule, il convient de reconnaitre que, sous la pression du préfet, de la Commission de Surveillance du Site et des associations de défense de la nature, l’industriel a montré sa bonne volonté de faire un effort pour réduire la charge de ses rejets polluants. Ce projet s’inscrit dans cette démarche et il permettra peut-être d’atteindre, à l’échéance, les limites prescrites pour un petit nombre de polluants mais pas pour tous, loin de là.

Le masque de l’expression des résultats.

Dès l’origine, l’industriel a négligé la présentation des résultats. Ils sont indiqués, dans des tableaux, en pourcentages (µg/l, ou mg/l) et non pas en quantités réelles déversées en mer.

Le calcul est simple sur la base du débit en mer phénoménal de 270 m3/heure ! On arrive à des tonnes d’aluminium, de DCO et de DBO5, de plusieurs milliers de kg de MEST, de plusieurs centaines de kg pour le vanadium, de plus de 100 kg pour l’arsenic et d’un kg pour le mercure, par an !
Nous aurions aimé être renseignés sur les quantités à déduire à de telles charges intolérables, une fois l’unité de traitement opérationnelle. De même 0,02 % de métaux n’exprime pas non plus la réalité ; là encore on devrait raisonner sur les quantités réelles rejetées en mer.

Un nombre très élevé de polluants ne paraissent pas pris en compte.

Les effluents industriels contiennent les polluants suivants (d’après une liste donnée par l’industriel, complétée par l’ANSES) ; nous y avons ajouté la spécificité de leur toxicité :

Soude (toxique), aluminium (toxique, perturbateur neurologique, perturbateur cellulaire), fer (perturbateur de la reproduction et de la croissance), arsenic (forte toxicité), vanadium (désordres respiratoires, digestifs, sanguins et neurologiques), titane (toxique pour le plancton), molybdène (perturbateur endocrinien), bore (toxique), chrome (toxique), sélénium (toxique), manganèse (toxique), plomb (saturnisme, perturbateur sanguin, dysfonctionnement reins, foie, système nerveux), cuivre (algicide, atteinte à la base des chaînes marines trophiques), zinc (perturbateur photosynthèse et respiration, cancérigène), antimoine (toxique, possibles lésions hépatiques, rénales et cardiaques), cadmium (maladie Itaï, déformation du squelette), étain (ravageur des parc d’aquaculture), uranium (toxique), lithium (effet possible sur la fonction rénale), nickel (toxique, perturbateur du développement larvaire), cobalt (toxique), argent (toxique sur les stades larvaires), mercure (névropathie, paralysie fonctionnelle, destruction des reins) phénols, 16 hydrocarbures aromatiques polycycliques (forte toxicité, dysfonctionnement cellulaire, cancérigènes), 7 polychlorobiphényles (réduisent l’immunité naturelle, cancérigènes), 7 dioxines et 10 furanes (seuil de toxicité très bas, dysfonctionnement hépatique, nerveux, endocrinien, cancérigènes), 6 composés benzéniques (aberrations chromosomiques, cancérigènes), 1 phtalate (possibles effets sur le foie et les reins, le système reproducteur mâle, possible perturbateur endocrinien), 4 alkylphénols (perturbateurs endocriniens) et 2 polybromodiphenyléthers (perturbateurs endocriniens), 3 organoétains (perturbation de la reproduction et du système immunitaire, malformations).

Un sacré cocktail de poisons !

Que deviennent ces polluants avec le procédé au CO2 qui parait plus approprié à certains métaux lourds. L’industriel n’en parle pas ! On parait loin d’un traitement polyvalent !

Les contraintes préfectorales sont trop tolérantes et non adaptées à un parc national.

Si on se réfère à l’arrêté préfectoral du 28 décembre 2015, on relève que ce qui est demandé à l’industriel ne concerne pas toute la charge polluante. On va suivre, pendant 6 ans, la pollution des calanques et féliciter l’industriel à chaque progrès de dépollution.
Pourtant, à l’échéance de ces 6 ans, on aura seulement réduit les rejets les plus massifs et pas nécessairement les plus toxiques. C’est-à-dire 6 paramètres polluants sur 82 ! Et la pollution des calanques continuera.

De telles dispositions sont contraires à la loi sur les parcs nationaux et aux conventions signées par la France sur la protection de la Méditerranée. L’industriel en profite et on ne peut pas le lui reprocher. C’est la raison pour laquelle un groupe de personnes et UCL ont déposé plainte à Bruxelles contre l’Etat Français.

Les facteurs aggravant la toxicité sur les organismes marins ne sont pas pris en compte.

. La plupart des polluants sont peu ou pas biodégradables et sont donc quasi indestructibles. Ils ne vont donc pas cesser de s’accumuler par addition continue dans le temps, proportionnellement au volume du débit horaire (270 m3/h). Cet aspect n’est pas pris en compte ! Dont 140 m3/h d’eau (propre) à la seule fin d’assurer un débit suffisant de 270 m3/h pour que la canalisation ne se dégrade pas. Le seul effluent industriel est de 130 m3/h, l’ensemble des calculs sont à revoir.

. La bioconcentration c’est-à-dire la concentration des polluants le long des chaines alimentaires n’est pas pris en compte, ni même évoquée
. Le rejet industriel n’est pas isolé.
Il s’ajoute à la pollution de la Méditerranée (« bruit de fond »), à l’apport du fleuve Huveaune détourné dans les calanques et aux rejets urbains massifs, insuffisamment traités, de l’agglomération marseillaise..
La somme de ces apports peut s’avérer suffisante pour faire franchir des seuils de toxicité irréversibles pour la flore et la faune marines. Cet aspect n’est pas pris en compte !
. Le seuil de toxicité très bas des formes juvéniles (œufs, spores, larves, alevins…) n’est pas pris en compte ce qui tronque les cycles de développement d’un très grand nombre d’espèces marines.

Des conditions aggravantes de pollution par la nature de l’effluent.

Les boues rouges avaient une densité supérieure à l’eau de mer, ce qui explique leur écoulement dans le canyon de Cassidaigne jusque vers les grands fonds.
Par contre, la fraction liquide, qui a remplacé ces boues, a une densité plus faible que l’eau de mer.
Ces eaux ont donc tendance à remonter vers la surface et à être dispersées par les vents et les courants sur l’ensemble de la partie marine du parc national et au-delà. Cet aspect n’est pas pris en compte !

Le traitement au CO2, n’est qu’un transfert de polluants du rejet liquide au rejet terrestre ?

Les métaux retirés de la phase liquide, ne vont-ils pas se retrouver dans la phase boueuse et dans la bauxaline ? Ce transfert de polluants aggraverait la charge polluante à Mange-Garri et la menace sur la santé des riverains. Il empêcherait probablement l’utilisation de la bauxaline qui ne serait plus exempte de produits toxiques. Autrement dit, on diminue un peu les quantités en mer et on augmente un peu les dépôts à terre. Un bien curieux bilan !

L’usine de Gardanne menacée ou revalorisée par le procédé « Orbite ».

La société québécoise Orbite Aluminae Inc a mis au point un procédé innovant de production d’alumine. Plus économique, moins énergivore, le procédé ne génère aucun résidu toxique, aucune boue rouge contrairement au procédé Bayer de l’usine de Gardanne (cf. Echo des Calanques n° 63).

C’est une véritable révolution dans la production d’alumine dans le monde. Les usines anciennes utilisant le procédé Bayer ne seront bientôt plus compétitives et devront donc s’équiper de ce nouveau procédé ou disparaitre.
Les dirigeants d’Alteo ne semblent pas avoir conscience de la gravité de cette menace en dépit des échanges que nous avons eu avec eux. Qu’espèrent-ils en développant cette unité de traitement au CO2 ? Retarder l’échéance ?

Le procédé Orbite permet aussi le traitement des dépôts de boues rouges à terre. Véolia France l’a très bien compris en signant un accord de coopération avec Orbite. Nous avons demandé au gouvernement d’intervenir pour que cette technique soit appliquée en priorité à Mange-Garri, pour rendre cette parcelle au milieu naturel et supprimer la menace sur la santé des riverains.
Les dirigeants d’Alteo n’ont manifesté aucun intérêt à ce sujet alors qu’il s’agit d’une avancée majeure pour l’industrie de l’alumine.

Notre souhait.

Notre souhait est d’assister à la renaissance de l’usine de Gardanne par une alliance avec Orbite, ce qui permettrait le maintien de l’emploi du personnel qui a toujours été notre souci. Elle permettrait aussi de maintenir l’industrie de l’alumine et de l’aluminium à la pointe de l’économie de notre pays.

Dans une vision prospective, tous les financements, tous les budgets devraient converger vers un tel objectif.

Fait à Marseille le 16 mars 2018.

Henry Augier
Président et scientifique, professeur d’Etat.

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