BOUES ROUGES : LES DÉBATS DU 16/10/1963 AU PARLEMENT.

31 Août

Le rejet des boues rouges en Méditerranée: un scandale insensé. 

Blog du député Christophe Prémat : https://christophepremat.com/

S’il y a bien un scandale qui risque de faire tâche d’huile, pardon pour l’expression, mais malheureusement elle est adaptée, c’est celui des rejets des boues rouges dans la Méditerranée grâce à l’usine Alteo de Gardanne. J’ai posé plusieurs questions écrites sur ce sujet, je suis intervenu en séance lors du débat du 14 janvier 2016 sur les propositions de loi écologistes et lors de la séance du 9 juin 2016 sur le projet de loi sur la transparence économique. Le reportage qui paraîtra dans l’émission Thalassa ce vendredi 2 septembre est ainsi précieux même s’il ne donne pas toute l’ampleur du problème: le rejet des boues rouges est un scandale écologique (voir les résultats des enquêtes publiques), un scandale financier (voir les montages avec Rio Tinto et la Guinée) et un scandale public car cette entreprise a bénéficié d’aides publiques.

Le problème ne date pas d’hier et j’ai pu retrouver dans les archives de l’Assemblée Nationale des compte-rendus de débats qui dénonçaient à l’époque le risque de ces rejets, il s’agissait de l’usine Péchiney. La première séance du mercredi 16 octobre 1963 est éloquente, elle portait sur un projet de loi sur le régime des eaux et la protection contre la pollution.

Le ministre au banc était Marc Jacquet, ministre des travaux publics et des transports. Le rapporteur d’alors de la commission des lois était Edmond Garcin, voici ce qu’il déclarait:

« M. le rapporteur. Certes, il y a urgence mais cette urgence existe depuis des années. Les décrets et les lois réglementant la pollution n’ont presque jamais été appliqués et les préfets ont autorisé les établissements industriels dangereux et insalubres à déverser leur poison dans les eaux de rivière. Le drame, c’est qu’au stade actuel il est permis à d’importantes sociétés telles que Péchiney d’orienter leurs études vers la pollution des eaux de mer alors que la solution doit, au contraire, sauvegarder ces eaux, protéger l’intérêt national et créer d’autres richesses grâce à la naissance de nouvelles industries sidérurgiques et de sous-produits provenant du traitement des boues résiduaires, au lieu de jeter simplement ces dernières à la mer. J’ai traité de cette question à la page 8 de mon rapport écrit à propos des boues rouges », résidu industriel du traitement chimique de la bauxite, que Péchiney veut déverser en Méditerranée— mer traversée par des courants très violents — en particulier dans une fosse profonde de trois cent cinquante mètres, au large de Cassis, et ce; au rythme minimum de 5.000 mètres cubes par jour. Nous ne devons pas permettre que la mer, avec toutes les activités professionnelles qu’elle a fait naître — pêche et industries annexes, tourisme, hôtellerie — avec ses sites remarquables pour le loisir des travailleurs, considérant la réserve alimentaire qu’elle contient, le milieu de protection qu’elle constitue et aussi la source éventuelle d’alimentation en eau potable qu’elle représente, nous ne pouvons pas permettre, dis-je, que la mer devienne elle aussi un réceptacle, un grand lieu de déversement des déchets industriels. C’est pour cette raison que l’unanimité s’est faite sur toute la côte méditerranéenne contre un projet aussi insensé » (Source: archives de l’Assemblée Nationale)

Avec l’autorisation donnée au préfet de prolonger le rejet des boues rouges, nous sommes aujourd’hui dans ce même cas de figure. Je continuerai à vous livrer les informations et le compte-rendu de ce débat passionnant qui s’est tenu il y  53 ans.

 

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