BOUES ROUGES : LA SCIENCE S’EXPRIME.

11 Mar

Professeur Henri Augier. Enseignement de la molysmologie, la science des pollutions, expert de renommé mondial, ignoré en Provence chez Altéo.

Docteur d’Etat, maître de conférences honoraire de la faculté des sciences de Marseille Luminy, professeur honoraire à l’Ecole nationale des travaux publics de l’Etat. Il a été à la tête d’un laboratoire spécialisé dans l’étude des nuisances. Responsable de l’enseignement de la molysmologie  à l’université de la Méditerranée  consultant international sur les problèmes de pollution, de protection de la nature.

Président de l’association, l’Union des Calanques, initiateur du recours auprès du Tribunal Administratif concernant l’autorisation dérogatoire de 6 ans.

UN AVIS ON NE PEUT PLUS ECLAIRE – CONNAISSANCES ET PROXIMITE.   

«  Rejets en mer :

Votre analyse de la situation n’est en aucune façon recevable.

L’usine d’alumine de Gardanne a rejeté, pendant cinquante ans, ses résidus industriels, connus sous l’appellation de « boues rouges », dans le canyon de Cassidaigne, au large de Cassis et ceci avec la bénédiction des autorités dites responsables ! Vous avez, de la sorte, recouvert des surfaces considérables de fonds marins, ensevelissant la vie benthique sous un mortel linceul. Avez-vous seulement conscience d’un tel massacre !

Les boues rouges font effectivement partie du passé et la mer en garde une trace indélébile. Face à la réprobation générale, les différents propriétaires de l’usine se sont engagés d’arrêter tout rejet au 31 décembre 2015. Il a fallu, en effet, une réflexion d’une cinquantaine d’années pour mettre en place des filtres-presses séparant la partie boueuse des résidus pour en faire un produit déshydraté appelé « bauxaline » parait-il utilisable dans le bâtiment et le revêtement des routes. Cette bauxaline serait exempte de produits toxiques. Cela signifie que la majeure partie des substances polluantes contenues dans les boues rouges a été transférée dans les filtrats. Comme vous ne savez que faire de ces eaux polluées, vous avez demandé l’autorisation de les rejeter en mer au même endroit et par la même canalisation que les boues rouges ; ce qui est en total porte-à-faux avec votre promesse d’arrêter tout rejet au 31 décembre 2015. Etre parjure ne parait pas vous émotionner !

Par ailleurs, vous ne pouvez pas nier que ces eaux sont polluées et toxiques. Vous avez vous-même donné une liste des contaminants, laquelle a été complétée par l’ANSES. Le professeur Henry Augier, molysmologue dont la valeur est unanimement reconnue, a repris cette liste en indiquant les toxicités liées à ces produits (Echo des Calanques n° 50) : « soude (toxique), aluminium (toxique, perturbateur neurologique), fer (perturbateur de la reproduction), arsenic (forte toxicité), vanadium (désordres respiratoires, digestifs et neurologiques), titane, molybdène (perturbateur endocrinien), bore (toxique), chrome (toxique), sélénium (toxique), manganèse (toxique), plomb (saturnisme, perturbateur sanguin, dysfonctionnement reins, foie, système nerveux), cuivre (algicide, atteinte à la base des chaînes marines trophiques), zinc (perturbateur photosynthèse et respiration, cancérigène), antimoine, cadmium (maladie Itaï Itaï, déformation du squelette), étain (ravageur des parc d’aquaculture), uranium (toxique), lithium, nickel (toxique, perturbateur développement larvaire), cobalt (toxique), argent (toxique sur les stades larvaires), mercure(névropathie, paralysie fonctionnelle, destruction des reins) phénols, 16 hydrocarbures aromatiques polycycliques (forte toxicité, dysfonctionnement cellulaire, cancérigènes), 7 polychlorobiphényles (réduisent l’immunité naturelle, cancérigènes), 7 dioxines et 10 furanes (seuil de toxicité très bas, dysfonctionnement hépatique, nerveux, endocrinien, cancérigènes), 6 composés benzéniques (aberrations chromosomiques, cancérigènes), 1 phtalate, 4 alkylphénols et 2 polybromodiphenyléthers (perturbateurs endocriniens), 3 organoétains (perturbation de la reproduction et du système immunitaire, malformations morphologiques. Leur utilisation dans les peintures anti-foulings des coques de bateaux a eu des effets dévastateurs sur les parcs d’aquaculture des moules et des huîtres) ».

Un sacré cocktail de produits chimiques toxiques ! D’ailleurs, les concentrations de certains de ces polluants (aluminium, fer, arsenic, DCO, DBO5) dépassent les paramètres définis par l’arrêté du 2 février 1998. Ce sont ces derniers qui font l’objet d’une autorisation préfectorale sur 6 ans. Pour les autres, il n’y a pas apparemment de limite !

Les études d’IFREMER et de l’ANSES n’ont pas eu le temps, ni les moyens financiers nécessaires pour réaliser une investigation complète. D’après le professeur Henry Augier : « La plupart des polluants contenus dans les eaux qui sortent des filtres-presses sont peu ou pas biodégradables et ils auront donc tendance à s’accumuler avec le temps, sur la base du volume considérable de 270 m3/heure ! De même qu’il n’a pas été tenu compte du phénomène de concentration des polluants le long des chaines alimentaires ». Le dernier rapport de l’ANSES (décembre 2015), dont on n’a pas tenu compte, précise sans aucune confusion possible, une contamination de la chair des poissons testés par cet organisme. D’après le professeur Augier, cela signifie que les mécanismes naturels de protection de ces poissons (fèces, urine, hépatopancréas, etc.) ont été débordés. Ce que l’on oublie apparemment, c’est que la pollution apportée par les effluents toxiques de l’usine de Gardanne vient s’ajouter à ce vous avez justement appelé « le bruit de fond », faisant franchir des seuils de toxicité intolérables.

Comme le souligne le professeur Henry Augier (rapport déposé à l’enquête publique au nom de l’association fédérative Union Calanques Littoral) : « Du point de vue de leur diffusion, on se trouve dans une situation totalement différente de celle des boues rouges. En effet, celles-ci, de densité plus élevée que celle de l’eau de mer, étaient entrainées au fond où elles se sont accumulées comme on l’a vu précédemment. Par contre, les eaux sortant des filtres-presses, ont une densité plus faible que celle de l’eau de mer. Aussi auront-elles tendance à se maintenir dans la tranche supérieure des eaux marines et même à remonter en surface. Il y a fort à parier que ces eaux seront entrainées sur l’ensemble de la partie marine du Parc National des Calanques par le jeu du courant ligure et de ses branches complexées par la présence des îles de l’archipel de Riou et par l’influence du vent. Ces eaux industrielles polluées s’ajouteront bien évidement aux effluents urbains pollués rejetés à Cortiou ».

Dans ces conditions, trouvez-vous normal, Monsieur le Président, de rejeter des effluents chargés en substances polluantes quasi indestructibles et cumulatives dans un Parc National ? Vous êtes-vous seulement posé la question sur le caractère scandaleux de cette situation ? Vos déchets industriels épais ont dévasté les zones profondes des calanques, les poisons contenus dans les filtrats achèveront le travail dans la partie superficielle du parc, la zone la plus riche en termes de biodiversité, portant un coup fatal à la réputation du Parc National et aux activités des pêcheurs qui ont déjà payé un lourd tribut à la pollution de la Méditerranée !

Puissent ces quelques propos éclairer votre démarche et prendre conscience de votre responsabilité d’industriel. »

A lire son dernier ouvrage : Climat : un scandale planétaire. Henri Augier nous mets en face de nos propres contradictions dans notre lutte pour sauver notre planète. COP 21 le bilan.

L’actualité de la semaine !

« Rejet dans l’atmosphère dans la nuit de mardi à mercredi (09/03/2016), incident à l’usine de Gardanne « une rupture de canalisation sous pression a laissé s’échapper de la vapeur d’eau chargée en soude « .

Signe de l’importance des risques, le Plan de Sauvegarde Communal a été activé ce qui implique l’intervention d’unités spécialisées, d’experts de santé publique, d’entreprises de nettoyage (le quartier en avait bien besoin) de la gendarmerie sur instruction du Parquet.

L’impact direct sur la ville et alentours s’étend sur 35 hectares, une poussière blanche épaisse, corrosive et abrasive recouvre les voitures etc.. Mais rien pour les poumons… curieux..

Par manque de chance les pièces défectueuses devaient être changées sous un mois. Malgré la connaissance de l’usure on a laissé l’usine en fonctionnement en banalisant le problème comme un simple incident technique sans conséquence sur la santé humaine. A suivre.

Les conséquences sur les peintures des voitures sont un problème récurrent dans la zone.

La polémique est inutile, les conséquences apparentes dans les appareils photos,  la population n’est pas dupe sur le degré de pollution, il s’agit directement des Gardannais aux lieux des riverains de La Ciotat/Cassis malheureusement il est à craindre que d’autres incidents surviennent compte tenu de la vétusté de l’usine de 120 ans d’âge qu’il est indécent de laisser  fonctionner avec les  risques que cela comportent sans étudier une solution de rechange.

Un établissement ICPE sous la responsabilité du Préfet qui se doit de prendre des mesures conservatoires et à l’industriel d’être totalement transparent non pas comme la résurgence de Mange Garri de Janvier 2015 où l’on ne connait toujours pas le résultat des analyses.

A l’échéance du Fond Communs de Placements à Risques propriétaire d’Altéo c’est-à-dire à l’horizon de 2017/2018 qui voudra acheter cette ruine et préserver les emplois ?

 

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