BOUES ROUGES : SALARIES ET OPPOSANTS DES LUTTES COMMUNES ?

29 Fév

Le portage organisé par Rio Tinto France avec un fonds américain pour ne pas se salir les mains, la fermeture de l’usine d’extraction du minerai de bauxite vieille de 120 ans.

L’ordre de mission et les objectifs de HIG Miami  sont contradictoires avec les remarques  des élus locaux et les conséquences environnementales sur la santé humaine conduiront inexorablement à sa fermeture à l’horizon 2018 sans solution alternative faute de la capacité à se mobiliser pour le futur, l’obsession de conserver l’usine à Gardanne apparait être contre toute logique économique.

Dès Avril 2012, à l’annonce de la vente à un Fonds Commun de Placement à Risques (FCPR) dénommé HIG France, la presse régionale et celle du PCF local ont relayé l’opposition des élus  et des salariés à la vente à un financier. Tous  n’ignoraient rien des accords et avec raisons ils dénonçaient :

« Les travailleurs à la porte des négociations, la voracité des marchés financiers, la durée de vie du FCPR de 5 à 7 ans, un plan à 5 ans de développement présenté non viable d’après l’expert du Comité d’Etablissement (SECAFI), grèves des salariés, le géant minier veut s’en débarrasser, le fonds un sous-traitant à moindre frais d’un plan social envisagé par Rio Tinto etc. »

L’échéance  et le départ du nouveau propriétaire à l’horizon 2018 une foi ses objectifs remplis dont la fermeture du site et l’obtention d’autorisation valorisant le process industriel n’étaient pas ignorées.

HIG Miami  à l’œuvre depuis 9 mois et dès le 22/06/2012, a déposé au greffe de Nanterre le rapport des commissaires aux apports actant la cession partielle d’actif de l’usine de bauxite au FCPR et ce malgré le discours du Bourget lors de la campagne présidentielle.

« Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, de visage, pas de parti, et pourtant il gouverne, c’est le monde de la finance (François Hollande). »

Au début des années 2000, Pechiney comptait 40 000 salariés et moins de 1500 en 2015 sur 2 sites qui sont en cours de vente, Dunkerque et son usine d’alumine ainsi que le bureau d’études de Voreppe. La gestion d’un des fleurons de l’industrie française a conduit  à la quasi faillite,  en 2003 OPA d’Alcan et son scandale, rachat d’Alcan par Rio Tinto en 2007.

La  posture qui consiste à exiger contre vent et marée le maintien de l’usine à Gardanne est suicidaire pour l’emploi de demain.

A l’inverse les opposants, préconisent une délocalisation en région pour pérenniser les emplois ce qui sauvegarderait aussi la santé humaine et l’environnement.

Les informations contenues dans les rapports des commissaires aux comptes :

Rio Tinto Alcan, ne voulait pas supporter les coûts lourds environnementaux, plan sociaux, allant même à envisager un démantèlement.

Un engagement a été pris pour 24 692 179 € suivant rapport déposé aux greffes du Tribunal de Nanterre le 22/06/2012 et payables en 4 annuités d’un peu plus de 6 millions d’euros an. Nous ne possédons pas le document d’engagement.

L’évaluation des vices cachés de l’usine sont apparus démesurés au regard d’une rentabilité hypothétique. Une technique de « portage financier » a été retenue moyennant des honoraires.

HIG capital Miami exclusivement financier étant le seul postulant à la reprise.

Le droit de l’environnement, en théorie impose aux industriels la remise en état du site. Une pratique courante consiste en une cascade de cessions pour qu’au final  il n’existe plus personne, solvable et présent sur le territoire pour remettre les lieux en état initial.

Un accord environnemental a été conclu entre Rio Tinto et Altéo en juin 2012 (que nous ne possédons pas) qui est retranscrit de la façon suivante dans les rapports 2013 et 2014 pour :

  • Une caution de 7 325 000 euros les risques couverts ne sont pas à la charge d’Altéo.
  • Une provision de 12 177 885 est constituée pour faire face au nettoyage et à l’évacuation de liqueurs issues du cycle de fabrication.
  • Les risques de dépollution, de réhabilitation, de remise en état du site, de gestion du suivi des activités pour fermeture restera à la charge de Rio Tinto selon les conditions de l’accord de 2012 conclu entre Altéo et Rio Tinto.
  • Une provision de 4 793 772 est constituée sur la dépréciation de la valeur des pièces de rechanges dans le cadre d’une fermeture du site.
  • A l’actif aucune valeur des biens, terrains, bâtiments ce qui confirme le courrier du centre des impôts fonciers d’Aix en Provence sur le non transfert de la propriété à Altéo.
  • L’effectif présenté est pour, 2013 de 398 et 2012 de 391 sans précision de savoir s’il s’agit de Gardanne seul ou de la consolidation des 4 usines qui constituent Altéo

 

Le  crassier de résidus de bauxite de Saint Louis les Aygalades, propriété de la ville de Marseille, toujours en l’état depuis 1983 en est l’exemple.

Le montage administratif retenu, FCPR et SASU est l’organisation type de l’insolvabilité.

Quelques chiffres, rapport commissaire aux apports, comptes sociaux :

L’engagement pris par Rio Tinto France de payer Altéo, créance dite RTF à l’actif est de 24 692 179 €.

Créance libellé en dollars, à fin 2013 après un premier paiement il reste, 19 350 297 € Pour 2014 après second paiement 12 687 734 €. L’échéance 2015 est réputée payé. Ne restera que le paiement de l’exercice 2016 ce qui débutera la fin de la mission du FCPR.

Comment et dans qu’elle conditions sera l’avenir pour des futurs propriétaires ?

Une provision pour fermeture de l’usine est constituée à hauteur de 5 126 564 €.

Ainsi qu’une provision pour évacuer les différents produits et liqueurs (soude) pour 12 425 743 €

Rien n’est prévu pour la dépollution du site, de la décharge de Mange Garri, les conséquences pour la pêche, des résidus et rejets en mer, dans l’air avec les conséquences pour les riverains.

Les pertes chroniques :

2004 à 2011, pour le vendeur Rio Tinto Alcan sont de 59 millions d’euros.

2013 et 2014, sous gestion par le FCPR, elles sont de 55 millions d’euros.

Les comptes 2012 ne sont pas publiés. A partir du rapport 2013 constat d’ une perte de 4 237 016 €

De plus l’usine ne vit que de dérogations, d’aides publiques, ne paie pas l’ensemble de ses coûts :

Décharges en mer comme à terre ce qui représente 10 millions d’euros par an

La redevance sur l’eau  a baissée de plus de 10 millions d’euros an et ceci dès 2014 etc.

La question : Mais où est ce qu’il gagne de l’argent et comment ?

Ce qui a motivé la question écrite au Ministre Macron à l’Assemblée Nationale le 29/01/2016 par le député Christophe Prémat et celle d’avril 2015 demandant la délocalisation de l’usine vers Fos.

Un audit des services de l’Etat est obligatoire afin d’obtenir toute la clarté sur les modalités de cette cession partielle d’activité et les surprises qui l’accompagnent sur le partage des responsabilités.

La fin de mission de HIG Miami  arrive à échéance de 2018, la confirmation se trouve dans le règlement intérieur du FCPR que l’AMF possède mais qui n’est pas public.

Le savoir-faire, les brevets, le marché de l’aluminium s’oriente vers la création d’usine dans  les pays producteur de minerai, Guinée, Malaisie, Indonésie ce qui permet d’exporter des usines clés en mains comme il est envisagé  par Altéo pour l’Asie dès le 14/03/2014 (CCI France/Japon).

Les 6 ans accordés par les autorités Françaises confirment  l’argument de vente d’un nouveau process de fabrication, sans pollution, dixit le Préfet sous réserves de contrôles stricts. La finance sans visage ne pouvait pas obtenir une meilleure publicité.

Le pronostic est que l’usine fermera brutalement non pas à cause des opposants mais pour des objectifs financiers, la France n’aura pas su devancer par des propositions fortes des solutions possibles existantes.

Les pertes chroniques confirment un modèle économique qui n’est pas viable ce qui rejoint l’opinion de SECAFI l’expert des Comités d’Etablissements.

A la lecture des documents, l’anticipation d’une fermeture du site est plus qu’une réflexion mais une entrée dans une phase active.

De lourdes provisions figurent dans les comptes sociaux ce que n’ignorent pas les représentants syndicaux et les élus locaux qui fondent leurs espoirs de conserver à Gardanne une usine qui a fait son temps.

Quant à Rio Tinto France dont les derniers actifs restant en France sont à la vente.  Au terme de 2018 il ne restera plus aucun recours contre la multinationale sauf à se rendre en Australie ou au Canada.

Les salariés demandaient des garanties en 2012,  elles n’existent toujours pas pour l’avenir ?

Simiane Collongue le 29/02/2016.

 

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :